Le mariage américain

 

Chicago airport I

 

 

Nous sommes partis de Paris ce matin à neuf heures et le 767 d'Américan Airlines, identique à celui que les fous d'Allah ont fait péter sur la tour nord du world trade center, arrive enfin à Chicago après un vol sans histoire de 9 heures. Il est 13 heures ici... Longue journée de 31 heures en perspective...

Alors que tout le monde court comme des lemmings suicidaires pour arriver dans les premiers afin de mieux plonger dans les griffes des services de l'immigration, ma belle fille s'arrête soudainement pour soulager une envie tout aussi soudaine qu’inopportune.

Comme nous étions en classe affaire, donc sortis dans les premiers, nous passons du statut de privilégiés à celui de dernier de la classe. Nous arrivons donc parmi les retardataires dans les files d'immigrants et ça me met de mauvaise humeur, car nous devons prendre une correspondance pour Albuquerque au nouveau Mexique et nous n'avons pas le temps de rigoler.

Mais je ne peux pas en vouloir à ma belle fille, c'est son premier vrai voyage, j'entends par là que jusqu'à ce jour, elle n'avait connu que quelques pays d'Europe, et ce dans des conditions de voyageuse du dimanche en compagnie de mon fils, plutôt directif.

Ici, c'est l'Amérique, donc il faut se bouger, même si l'on est étranger aux us et coutumes de la région. Et Chicago, eh bien, c'est Chicago et les petits malfrats se prennent encore pour Al Capone et les flics pour les enfants des incorruptibles.

Une grosse dame de la sécurité, après avoir examiné mon passeport tout neuf me désigne une file délimité, comme toutes les autres par un ruban bleu, tandis qu'elle envoie mon fils et sa femme vers une file parallèle. Quant à ma femme, elle est américaine, donc tout cela ne la concerne pas.

Derrière ma barrière de ruban de toile bleue, je me demande pour quelle raison on appelle ces nouveaux passeports « bio-métriques ». Bio, ça veut dire vie non ? Et métrique a un rapport avec une mesure. Donc voilà qu'on se met à nous mesurer la vie; en voilà une bonne nouvelle.

Puis, dans la file qui piétine et sent le fauve, je rêvasse autour de ce voyage où je dois faire un peu de tourisme et deux célébrations: La première, fêter mes 66 ans sur la route 66, et la seconde me marier officiellement, (pour ma famille américaine) suivant les fastes de l'Oklahoma.

J'en suis là de ma méditation quand une espèce de sauvage femelle de type mexicain entre soudainement dans mon champ de vision et me hurle à vingt centimètres du visage la question habituelle quand on arrive aux USA. A savoir : si je suis déjà venu ici. Tout en me secouant l'auriculaire dans l'oreille pour faire disparaître un acouphène, Je lui répond que je pense rester dans son merveilleux pays une quinzaine de jours. Elle pète un plomb et se mets à hurler plus fort. Mon fils qui reste persuadé que je suis un peu attardé côté langues étrangères, me traduit depuis l'autre file ce que j'avais déjà compris. Mais je ne peux pas lui en vouloir, il ne peux pas savoir, puisque je ne lui ai pas dit, que c'est la quatrième fois que je mets les pieds sur ce sol, mais qu'à l'avant dernière visite, à cause d'un passeport où il y avait trop de tampons de pays un peu exotiques, comme la Russie et d'autres tout aussi mal vus, j'ai passé six heures un peu délicates dans les locaux de l'immigration.

J'ai donc appris au fil de mes nombreux voyages en solitaire, qu'il y à des moments où il faut savoir jouer les imbéciles, et cette fois encore, çà marche. La folle à qui j'adresse un grand sourire niais me prend pour un demeuré et me désigne un guichet vide d'immigrants, derrière lequel trône un afro-américain qui s'ennuie visiblement.

Sans doute espère t-elle qu'il va me torturer. Mais non, il est plutôt avenant et me demande en américain, c'est à dire qu'il me parle tout en continuant de manger sa purée :

  • Alors, sir, vous venez faire quoi en Amérique ?

Je ne veux pas lui dire que je viens pour marier devant un Pasteur, une de ses jeune et belles compatriotes, les américains sont un peu psychorigides sur ce sujet quand la différence d'âge est énorme. Alors, avec mon accent qui me fait prendre pour un snob Anglais, je lui répond que je viens fêter mes 66 ans sur la route 66. Ça le met en joie :

  • Super idée, j'adore la moto, j'ai une Harley 1200, je viendrais bien avec vous. Et vous faites ça tout seul ?

  • Non, avec mon fils et ma belle fille qui sont là bas au bout de la file la plus longue.

  • Pourquoi ils sont là bas ?

  • Parce que votre collègue...

  • C'est une conne, elle se nomme Conception, mais avec les collègues on l'appelle Déception.

Y aurait-il ici aussi des problèmes ethniques ?

Il se lève de son tabouret et leur fait signe d'arriver. En rigolant, il dit à mon fils :

  • Faut aider votre père dans son voyage...

Et mon gamin de plus en plus persuadé que son père devient prématurément gâteux, et n'écoutant que lui même, croît que je ne comprend rien à ce que me raconte l'agent de l'immigration. Conséquemment, il se met à tenter de lui raconter ma vie et les raisons pour lesquelles nous sommes ici. J'essaie de l'interrompre, mais autant essayer d'arrêter un rouleau compresseur avec une cale en bois. Heureusement, mon fils dispose d'un excellent vocabulaire mais également d'un accent approximatif et l'autre s'en fiche de notre vie , il n'écoute plus les petits français inintéressants que nous sommes, il a repéré d'autres victimes potentielles. Alors avec de grands gestes libérateurs, il tamponne nos passeports.

Nous sommes aux Amériques...

 

 

 

Chicago Airport II

 

Après avoir parcouru un nombre de miles indéterminé, nous arrivons enfin au comptoir d'embarquement d'Américan Airlines pour le vol vers Albuquerque, où une foule énervée est déjà en train de faire le pied de grue.

Nous voyageons en standby, car le père de ma femme, mon beau père en quelque sorte, est mécanicien chez A.A et nous bénéficions de tarifs canons. La contre partie, c'est que nous devons attendre que tout le monde soit dans l'avion pour y rentrer s'il reste des places assises.

Autant les vols intercontinentaux ne posent pas de problèmes, autant les sauts de puces intérieurs sont aléatoires et celui qui relie Chicago à Albuquerque à priori déborde : il y à des orages et des tornades partout sur la moitié Est du pays et c'est de plus, la fin d'année pour les étudiants qui partent s'exploser la cafetière sur la côte Ouest. Pas de chance. Vols complets, tous. Impossible de rejoindre le nouveau Mexique aujourd'hui. Une petite chose cependant nous tracasse : A Paris, les bagages ont déjà été enregistrés à destination d'Albuquerque...

Derrière et devant le comptoir, c'est l'affolement, le chef, un gros mexicain d'une trentaine d'années, aussi aimable qu'un CRS pendant une manif, sue comme dans un sauna en tentant de résoudre le problème de surpopulation. Il est assisté dans sa tâche par une jeunette transparente qui visiblement vient de sortir de l'école et sait à peine compter ses doigts. C'est le comptoir de la débâcle, un Titanic immobile dirigé par un capitaine incompétent dont le destin évident est le naufrage. Entre deux clients mécontents, ils nous promettent de s'occuper de nos bagages dès l'enregistrement des passagers terminé. Ce qui leur prend un certain temps. Ceci étant fait, l'imposant chicanos se dirige vers le couloir d'embarquement en nous disant qu'il revenait après s'être occupé de nos valises, nous le voyons disparaître en courant dans le couloir du sas...Nous ne le reverrons jamais. Il a fui le lâche ! Peut être est-il monté dans l'avion pour retourner vers son pays d'origine afin d'échapper à la lapidation.

Nous nous retournons donc vers la gamine qui elle ne comprend rien ou fait semblant de ne rien comprendre. Elle finit par se mettre à courir dans le grand hall en nous plantant là. Je la vois peu à peu rapetisser pour enfin retourner au néant qu'elle n'aurait jamais dû quitter , une légère envie de tuer me saisit soudain; réminiscence d'une vie antérieure passée à Chicago ?

Nous regardons par la grande baie aux vitres teintées, celui qui aurait dû être notre avion quitter la ventouse du sas d'embarquement et s'en aller vers les pistes...Avec nos brosses à dents et nos culottes dans ses soutes.

Je hais l'aéroport de Chicago et ses employés, ses sandwichs mous servis par des filles hargneuses et ses agents de sécurité qui se prennent pour Rambo.

Nous voici en pays hostile, puants la sueur, sans bagages et sans espoir.

Ma femme appelle à l'aide sa mère qui habite Broken Arrow en Oklahoma. Après deux bonnes heures, belle maman finit par nous dégoter un petit hôtel non loin de l'aéroport.

Mais voilà, nous sommes aux USA et la notion de proximité n'est pas exactement la même que dans notre petit pays. En fait l'hôtel se trouve à trois quart d'heure de taxi de l'aéroport. Nous effectuons le trajet dans une voiture déglinguée dont l'essieu arrière veut absolument rentrer dans l'habitacle dès qu'il saute sur une bosse...Et comme l'autoroute est en travaux, j'ai très peur durant tout le trajet de me faire défoncer le fondement par un objet métallique à chaque nid de poule. Heureusement nous voyageons léger, ce qui épargne les amortisseurs, et le chauffeur est assez sympa et s'excuse de l'état de son taxi toutes les vingt secondes. L'environnement est déprimant, nous traversons des zones commerciales qui s'étendent à l'infini. Quelques néons trouent la nuit qui vient de tomber et nous rassurent, car nous les reconnaissons. Ils nous sont familiers et leurs logos nous rappellent le « pays » : Avis, MacDo, Budjet, MacDo, Ford, Shell, MacDo...

L'hôtel est paumé au fond de la zone et l'ambiance générale me fait penser à « Psychose » le film d'Hitchcock. Heureusement , le réceptionniste ne ressemble pas à Anthony Perkins. Crevés, assoiffés, affamés, nous allons nous coucher pendant que belle maman nous cherche des places dans un avion et fait mettre nos bagages en garde à vue au nouveau Mexique.

Réveil en fanfare, les seules places disponibles le sont sur des vols Delta Airlines, en plein tarifs.

Pas le choix, on y va. Re-bonjour Chicago airport où nous devons repasser la sécurité. Encore une fois, nous sommes séparés pour passer les portiques et faire inspecter nos ceintures et nos chaussures par des agents de sécurité à tête de pitbull. Heureusement, l'absence de valises nous fait gagner un peu de temps.

Mais cette fois, pas moyen de négocier avec un douanier sympa, l'ambiance est lourde, c'est du chacun pour soi et les agents de la sécurité n'ont aucun humour. Je ne suis pas convaincu que je reviendrai passer des vacances dans cet aéroport.

Notre petit groupe explose, séparé par les couloirs de la sécurité et je ne retrouve plus personne. Donc je me dis que nous allons nous retrouver au comptoir d'embarquement de Delta. Ma femme, elle, ne me voyant pas parmi la foule croit que j'ai été embarqué par la police des frontières, ce qui en soit est une probabilité, vu que ce ne serait pas la première fois. Elle attends donc de l'autre côté de l'aéroport.

Enfin, après que les deux parties aient parcouru un nombre impressionnant de kilomètres dans les halls, nous finissons par nous retrouver avant l'heure de départ. Donc cette fois on y va !

On y va, certes, mais pas directement. Notre premier vol nous amène à Atlanta en Georgie, ce qui n'est pas le plus court chemin pour se rendre au Nouveau Mexique depuis Chicago , mais je m'en fous, je quitte enfin cet aéroport qui porte la poisse !

Pourvu qu'elle nous lâche la poisse, car ici, on a l'impression que les décollages s'effectuent à la va comme je te pousse en appliquant la loi du plus fort : un jet privé tente de nous couper le chemin. Depuis mon hublot, je distingue parfaitement le bras d'honneur que fait le pilote du « privé ». Notre commandant passe en force au ras des ailes de l'autre et décolle à fond la caisse quasiment dans les turbulences de l'avion qui nous précédait. Même pas peur.

Le pilote du premier vol Delta est un petit marrant ; après avoir traversé tout droit et à fond un orage, ce qui nous a donné le sentiment de descendre les escaliers du Sacré Cœur sur le cul, il nous fait remarquer que le temps est pourri et qu'on a été bien secoué, mais que finalement on s'en est pas mal sorti !

Tout le monde rigole et applaudit. Peut être un peu moins fort quand il fait atterrir son zinc comme le pilote de chasse qu'il devait être pendant la première guerre du Golfe.

Courte escale à Atlanta et hop, on repart, plus calmement cette fois. La nuit est claire et l'on aperçoit quelques lumières espacées, mais vraiment très très espacées. Nous survolons le désert.

Enfin, le second vol D.A atterrit à l'endroit prévu, décemment, sans faire fumer les pneus. Il est 10 heures du soir, heure locale, il fait une chaleur d'orage. Aujourd'hui nous avons changé trois fois de fuseau horaire et ma montre a le tournis.

A peine arrivés, nous nous précipitons vers la réception des bagages, en priant les dieux locaux que le bureau A.A soit encore ouvert. Il l'est ; un employé endormi nous désigne nos valises esseulées dans un coin du local. En les découvrant, nous avons tous, sans doute, la même expression d'extase que la statue de Thérèse d'Avilla du Michel Ange, car le préposé ne prend pas la peine de vérifier nos identité : C'est sûr qu'elles sont nôtres au vu de notre béatitude.

Il est vrai que pour ce qui me concerne, il y avait bien longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à contempler une valise. Il faut dire que celle là, en fait un gros sac noir semi rigide muni de roulettes à dû faire au moins deux fois le tour de la Terre et contiens un tas de souvenirs, c'est dire si j'y tiens.

Tout en tirant ma précieuse valise à roulettes silencieuses, je suis ma femme précédée de mon fils et ma belle fille. Je suis souvent le dernier quand nous nous déplaçons à plusieurs, car j'ai tendance à regarder un peu tout et n'importe quoi en me demandant ce que c'est et accessoirement à quoi ça sert.

Ce qui me permet pour le moment de découvrir que l'aéroport d'Albuquerque est une réussite architecturale, il est construit comme un pueblo indien géant. A quinze mètres au dessus de nos têtes, des poutres géantes relient les deux murs opposés distants au moins d'une longueur de stade de foot (américain évidemment). Quand j'aurais cinq minutes, il faudra que je me demande comment tout ça arrive à tenir.

Ma femme téléphone à l'hôtel que nous avions réservé pour la veille, après tout, nous n'avons que 24 heures de retard. Ben... y plus de chambres !

Je me sens un peu las et entame une danse de la pluie sur le trottoir. Quelques chauffeurs de taxis et autres pilotes de navettes me regardent avec un air navré.

Ma femme qui a honte me fait cesser. Elle a tort, car n'ayant pu aller au bout de ma danse, la température monte encore d'un cran. Mon fils appelé en Hopi « Hak ruurukwa » ce qui peut se traduire par : celui qui sait tout, me fait remarquer qu'il nous avait bien dit qu'on allait crever de chaleur, vu que le Grand Internet l'a prédit.

Enfin après avoir épuisé nos forfait de téléphones, mon fils qui adore bidouiller les appareils électroniques, découvre dans un hall de l'aéroport, une machine esseulée qui téléphone toute seule et directement à une chaîne d'hôtels. Le tam-tam fonctionne parfaitement et envoie au travers de ces signaux de fumée modernes que sont les ondes et les bits, notre appel au secours. Un little big man régional nous assure qu'il n'y a pas de soucis. Ça va nous changer !

Enfin, nous vivons un épisode normal, une adorable et aimable indienne vient nous chercher à l'aéroport dans un chouette minibus et nous amène en moins de dix minutes dans un hôtel sympa tenu par des gens aimable, les chambres sont spacieuses et il y à même une piscine et un Spa .

M'en fous, suis trop crevé, ma femme dort déjà. Je m'endors en murmurant :Vive le nouveau Mexique.

 

 

 

Direction Mesa Verdé

 

Il pleut et fait un vent à décorner les vaches texanes. Depuis la fenêtre de la chambre, tandis que ma femme prend sa douche, je contemple l'environnement. A première vue, on pourrait se croire en France dans un Novotel couleur Ibis. Le plus remarquable, est que sur le parking de l'hôtel, on dirait que depuis ma dernière visite à ce pays, les voitures ont rétrécies. A part quelques pick-up et 4X4 un peu plus volumineux que les nôtres, les voitures sont banalement japonaises, coréennes et autres pays du soleil levant. Merde, où sont donc passées les Cadillacs, les Dodges et toutes ces belles américaines qui reflétaient dans leurs chromes le soleil et éblouissaient leurs admirateurs, ce qui avait conduit à l'invention des Raybans...

 

 

 

A suivre....

 

 

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